Chronique d'un roman jamais lu et puis chronique du roman lu

Date: 
24/06/2015

Ils étaient deux à avoir remporté le concours en écrivant la chronique de "Quand les ânes de la colline sont devenus barbus" sans l'avoir lu. Et bien ils ont chacun gagné un exemplaire du roman, ils l'ont lu et en ont écrit une nouvelle critique.

 

leBabel

 

Avant

Dans un roman la première phrase est capitale, dit-on, et dans ce dernier opus, « celui qui s’est fait un non » ne lâche rien sauf les chiens : tout est capitale, et commence en la capitale Rome. Son tempo mi Jodo mi Coca Channel Four, rénove le cerveau sans nous pomper de page en page. « Quand les ânes sont devenus barbus » c’est la mort de votre licence en mode Erasmus, le retour d’un Thalis à chaque page. Comment ? par ce qui rend les ânes barbus. Et qui vous explosera. Paris tenu. Capital.

Après

Oui, cela peut paraître facile : Kaboul, la guerre, les femmes, la Belgique, les barbus, les sans-papiers, les ânes, les couples homos, l’argent… Mais voilà, c’est du vécu, pour le point de départ et un roman à l’arrivée. Écrit dans un style nerveux, avec les décors réduits à l’essentiel, on cherche une issue. De Jack, le vendeur d’œufs en étoiles, ou de Shabina, petite Afghane effacée avec une gomme mal connue mais efficace, qui a de l’avenir dans l’Afghanistan de ces dernières décennies jusqu’à aujourd’hui ? Entre les deux, la course est lancée, chacun volant un peu de l'existence de l'autre, et jusq’à la dernière page, de lui, au look à l’américaine ou d’elle réduite à une ombre, saurons-nous qui l’emportera ? En attendant, dans un tel guêpier, on comprend que les ânes préfèrent se sauver dans la montagne…

 

Joëlle 


Avant

Le « doux » équidé revalorisé par Francis James a été largement malmené en littérature : pour symboliser la sottise, tel celui de Buridan ou pour moquer la magie tel celui  d'Apulée.

Les ânes de John Henri, nouveau venu aux éditions Diagonales, sont un métissage réussi de ces trois prémisses. « Quand les ânes de la colline sont devenus barbus » nous invite donc au spectacle d'une initiation à rebours d'ailleurs plus cocasse que tragique.
N'hésitons pas à gravir LA colline pour suivre leurs mutations.


Après

«Quand les ânes de la colline sont devenus barbu» est le titre déconcertant de ce roman dont l'action est à cheval sur deux lieux (Bruxelles et Kaboul) et sur deux «genres» : tradition et islamisme naissant obligent en effet chaque famille à avoir un rejeton mâle si elle ne veut pas être déconsidérée. La dernière fille de Zahid et de Bulkis ne sera donc pas Shabina mais «Jack» !
Pauvre « Jack » démasqué et forcé de fuir à l'étranger pour sauver sa vie !
Pauvre « Jack » qui, ayant recouvré son identité féminine, mais clandestin sans le sou à Bruxelles, se résout à devenir la mère porteuse d'un couple d'homosexuels qui le lâchent dans la nature dès sa «mission» remplie.
Vingt ans plus tard le voici expulsé et de retour à Kaboul où il espère recevoir la visite des jumeaux qu'il a mis au monde. De douloureuses surprises l'attendent car tout s'est dégradé : la ville, sa famille...

Et les ânes dans tout ça ? demanderez-vous à juste titre... L'âne familial, Fakir, le renégat, devenu mythe dans les récits de « Jack » et l'âne voyeur de la fin du texte participent à l’ambiguïté du récit, que chaque lecteur pourra lever à sa façon.

On remarquera l'emploi du « Il » de Jack et du « Elle » de Shabina qui se remplacent puis se mêlent (s'emmêlent ?) parfois dans le récit pour coller au désarroi du protagoniste...

Dans ce premier roman, John Henri a donc écrit avec brio un beau texte où de petits îlots de poésie, de tendresse et d'espoir permettent ponctuellement d'oublier la violence et le côté sordide de certaines situations.