Coupé au montage III

Date: 
22/01/2013

L'élagage du texte "La hyène" continue. Voici une partie de golf qui a été mise au placard. Avant peut-être de revenir plus tard.

 

Michel a sonné à la porte, le samedi, vers 11h. Je dormais encore. Il est monté me réveiller et m'a dit d'un air heureux qu'on partait sur une ile, terrée dans un océan quelconque, faire l'un des plus magnifiques golfs du monde, un par 71 dessiné par Tom Doak. Je n'avais jamais joué au golf. Mon père jouait au golf. Je ne savais absolument pas qui était Tom Doak mais je me suis habillé quand-même.

Avec quelques collègues, Michel partageait un jet. Du time-sharing. Le même principe que ceux qui partagent une tondeuse à gazon ou un loft de 45 m² sur la Costa Del Sol. Sauf qu'ici c'était un Learjet 60. Fauteuils en cuir beige, moquette bleu anthracite, store vénitien aux hublots, portes en bois d'acajou et petit coin bar. J'aimais bien. Et ce week-end, il était à nous.

Après trois heures de vol, l'atterrissage s'est fait dans une douceur ouatée. Quand on est arrivé sur le green, découpé par la mer, le soleil était bas, posé à l'horizon. On a voulu commencer notre parcours mais le préposé au matériel est accouru et nous a glissé « Le vent est de secteur sud, sud-est, de force 7 sur l'échelle de Beaufort. Prenez garde !» Je n'ai pas bien compris en quoi ça pouvait m'être utile. Il fallait d'abord que je frappe la balle.

J'ai sorti une bouteille de bourbon du caddie et j'ai mutilé les deux premiers trous.

On s'est installé sur un doigt de terre, pointé vers la mer, cinquante mètres plus bas. Après un temps, je sentais le feeling du golf monter en moi. J'ai posé la balle sur un tee, planté sur ce rocher. J'ai armé mon club et j'ai tiré, le plus fort possible, vers le soleil. Une de mes balles l'a frôlé je pense, puis elle s'est noyée dans l'océan. On était exposé au vent. J'avais toujours cru que le vent nettoyait le bordel qu'on avait au fond du ventre. J'avais toujours pensé qu'une tempête, avec ses morts, ses maisons détruites, ne faisaient que purifier la ville. On pouvait tout recommencer. Je ne sais pas pourquoi je réfléchissais à tout ça là-bas, en jouant au golf. Michel est rentré boire un verre sous la véranda de l'hôtel.

Je suis resté un moment à taper le plus fort que je pouvais. A m'exposer au vent. On a dîné avec un ami à lui qui parlait avec emphase. Il en avait bien pour trois. Je les ai abandonnés alors qu'ils se dirigeaient vers le bar. Michel n'avait pas pris la peine de louer deux chambres, on a dû dormir à deux dans la grande suite.

Quand on est rentré, le surlendemain, le ciel était sombre. Rien ne bougeait au bunker, c'est à peine si quelqu'un semblait avoir remarqué mon absence.