Le feuilleton de l'été : le phénylcétonurique

Ce texte a été publié dans la quotidien du médecin sous forme de feuilleton en 5 épisodes de 5 minutes. Ensuite sur le site de short-edition, tous les lundis. Pour vous éviter tout problème de timing, je vous le livre d'un bloc. A vous de le déguster d'un trait ou pas.

 

Episode 1 Le reportage animalier

 

Les hommes sont des animaux sociaux qui se retrouvent au bord du même point d’eau pour s’abreuver. Ils chassent leur nourriture sur les mêmes territoires. C’est comme ça que l’histoire a débuté. Comme un reportage animalier.

Il était 22h35, c’était un vendredi soir et un groupe de jeunes mâles était attablé depuis une heure à ce point de nourrissage du bas de la ville, près du canal. Ils se nourrissaient de pizzas. Quelques minutes après qu’un verre de vin ait été renversé sur la table de bois, un couple (qui ne se reprodusait pas, fût-ce à titre récréatif) a ouvert la porte. Le vent froid a pénétré dans cet espace fermé et leur a rappelé à tous que l’hiver s’était posé. La femelle du duo a salué un des garçons du groupe disposé face aux grandes vitres. Ils se sont salués chaleureusement mais l’échange fut bref, ils avaient en effet une relation bancale, une relation de patient à médecin. En réalité, elle était sa diététicienne. Le jeune mâle, Sergio, souffrait d’une maladie génétique rare, liée à un trouble du métabolisme, une carence en enzyme chargée de transformer la phénylalanine en tyrosine. « Cette maladie héréditaire touche un enfant sur seize mille et si elle n’est pas traitée immédiatement à la naissance, elle entrainera un retard mental sévère, dans ses formes les plus graves. » C’est ce que la femelle expliquait à l’homme qui l’accompagnait quand celui-ci lui a demandé pourquoi le jeune Sergio qu’elle venait de saluer se nourrissait d’une pizza étrange, à la sauce tomate et à l’ail, sans fromage ni viande. « Il ne mange pas de protéines, pas dans les aliments ordinaires. » Thierry a balancé la tête, le couple s’est enfoncé dans l’arrière salle et il a disparu.

Le lendemain, Thierry était assis sur son lit, il avait posé son portable contre son oreille. Et il se mit à parler.

  

Bonjour Sergio. Je m’appelle Thierry, je suis producteur de télévision et je dois dire qu’un profil comme le vôtre conviendrait parfaitement à notre émission.

  

Pardon, quel profil ? Et comment vous avez eu ce numéro ?

  

C’est votre diététicienne qui me l’a prêté. Vous avez un profil unique, vous êtes un survivant, vous avez échappé de peu au handicap mental sévère, vous ne pouvez pas manger de protéine, vous êtes malade. Et vous savez, les maladies génétiques, héréditaires, les maladies rares, ça représente un paquet de gens en France et en Belgique. Les gens vont s’identifier à vous. Vous, les phénylcétonuriques, c’est de ça que vous souffrez, n’est-ce-pas ? Vous et tous les autres, vous représentez des milliers de personnes à qui on ne s’adresse jamais, des gens qui n’ont pas de place dans les médias. Bordel, c’est magnifique. Et puis il y a toute la clique des vegan, des végét - ariens, - aliens et tout le bazar qui vont vous soutenir, vu que vous ne mangez pas de viande, pas de poisson, pas d’œufs, pas de fromage.

Il se retourne, il est maintenant installé sur le siège d’un grand bureau et il tend un stylo vers Sergio.

  

Alors, vous signez ?

  

Je signe si j’ai bien compris le principe du programme.

  

Le concept de l’émission, c’est que chacun a un secret. Et vous, votre secret, ça sera genre : « je ne mange pas de protéine et j’ai des muscles ». Ou « j’étais pratiquement handicapé mental ». Après, vous pouvez gagner pas mal d’argent, par exemple si vous découvrez le secret d’un autre candidat, vous empochez toute sa cagnotte ou inversement. Vous gagnerez de l’argent avec différentes épreuves, des trucs un peu cons mais marrants. Et puis les candidats nomineront trois d’entre vous chaque semaine et le public votera pour celui qui devra quitter l’aventure. C’est clair, c’est simple, c’est fun. Je vais faire de vous une idole Sergio.

Et les deux mâles ont souri quand Sergio s’est penché pour écrire son nom au bas d’une feuille de papier.


 

Episode 2 La distraction

Résumé : Sergio souffre d’une maladie génétique rare, il ne métabolise pas la phénylalanine. Dans le quotidien cela se remarque dans son régime alimentaire, sans protéine : pas de viande, pas d’œufs, pas de poisson ou de fromage. Séduit par ce profil atypique et porteur, Thierry décide d’incorporer Sergio dans son émission de télé-réalité où chaque candidat dissimule un secret.

 

Les hommes ont des existences qui ne les satisfont pas. Ils ont inventé des dizaines de remèdes à l’ennui qui traverse leur vie. A vrai dire, l’homme est sans doute l’animal le plus triste de la planète, il invente sans arrêt de nouveaux jeux pour se distraire.

Et c’est pour distraire leurs congénères qu’une douzaine de jeunes humains sont entrés dans une maison dont ils ne pouvaient plus sortir, sauf si d’autres humains le leur permettaient. C’était un jeu. Un jeu humain. Ils étaient filmés par 92 caméras et tout cela était retransmis à la télévision, la boite aux « émotions éphémères » disait Thierry.

Sergio faisait partie de ces jeunes humains excentriques et minces qui habitaient la maison. Tous avaient un secret à protéger, un secret que les autres humains devaient découvrir : c’était cela, la règle du jeu qui intéressait tant l’humanité à l’extérieur de la maison.

Pour suivre son régime et conserver son secret, Sergio se fournissait dans son garde-manger personnel, caché dans un faux-mur, derrière sa penderie. Là, il se procurait ses produits spéciaux, des produits sans protéines : cela ressemblait à du pain, cela ressemblait à de la viande, cela ressemblait à des pâtes. Sergio cuisinait au milieu de l’agitation, sans éveiller de soupçon, il protégeait son secret en le divulguant à tous, il se contentait de camoufler les emballages.  Sergio devait également prendre des substituts alimentaires, riches en oligo-éléments, en vitamines et en protéines (débarrassées de la phénylalanine). Il avalait tout cela dans les toilettes, les produits étant cachés dans son slip. Thierry et son équipe de production choisissaient généralement de ne pas diffuser ces images-là, captées dans les sanitaires. En vérité, il choisissait de ne rien montrer des secrets qui n’avaient pas encore été dévoilés, pour laisser planer le mystère, pour accrocher le téléspectateur curieux de ce qu’on lui cachait. Le secret de Sergio n’appartenait encore qu’à lui-même et à la production.

Il est intéressant de noter que ce qui se passait dans une maison habitée par douze jeunes humains ne différait en rien de ce qui pouvait se passer dans une habitation banale, en dehors des caméras. Mais l’émission rencontrait un succès incroyable : 48% de part de marché de sa tranche horaire. Après trois semaines, trois humains avaient déjà quitté la maison, libérés par les votes d’autres humains. Et cela avait fait pleurer Sergio, du moins c’est ce qu’il prétendait. Et cela avait soulagé les humanoïdes installés devant leur téléviseur, énervés par des comportements « hypocrites » ou « égoïstes ».

Thierry regardait les audiences en souriant, chaque matin, à 9h28. Et il savait qu’il pouvait faire encore davantage d’argent grâce à Sergio. « S’ouvrir à de nouveaux marchés qui voudraient acquérir de la publicité. Il faut pour cela qu’un candidat trouve son secret. »

Il a pris son téléphone et sa voix est arrivée à l’oreille de Sylvie.

  

Comment se passe le régime de Sergio, il ne fait pas d’excès ?

  

On a fait un prélèvement sanguin tous les trois jours depuis qu’il est entré, il suit son régime à la perfection et il prend tout ce dont il a besoin.

  

C’est parfait, faut en prendre soin de notre pépite, de notre mine d’or. On montrera les résultats quand son secret sera dévoilé. Et tu seras la spécialiste invitée en plateau pour expliquer la maladie. Et à partir de là, les nouveaux annonceurs vont me harceler pour glisser leur pub. Produit sans gluten, sans sucre, le faux-gras, bla, bla, bla.

  

C’est pour quand ?

  

Bientôt.

  

Mais ils ne découvriront jamais le secret, il arrive à le dissimuler sans problème.

  

Alors on va les aider à le découvrir !


 

Episode 3 La croisade

Résumé : Sergio participe à une émission de télé-réalité où chaque candidat possède un secret. Le sien, c’est de ne pas pouvoir manger de protéines à cause d’un trouble du métabolisme. Pas de viande, pas de fromage, pas d’œuf, sans quoi il risque un retard mental sévère. Thierry, le producteur de l’émission, veut maintenant tirer profit de ce genre de profil, jamais exploité encore en télévision.

 

 

Sergio avait survécu aux 6 premières semaines de jeu ; la moitié des candidats avait regagné les foyers qui se remplissaient des « émotions éphémères » en allumant leur téléviseur à 18h13. Ils regardaient les jeunes humains pleurer dans la maison et ils cherchaient leurs secrets et ils espéraient qu’un couple récréatif se forme entre une jeune femelle métisse et un mâle blond arborant une longue crinière.

Le temps à l’intérieur de la maison, surveillée par des dizaines de caméras, était différent. Tout repère temporel avait été supprimé et le climat dans cette région boréale du globe terrestre était sombre et nuageux, le soleil ne faisant son apparition qu’à de très rares occasions. Les jeunes Hommes se levaient quand la lumière artificielle des lampadaires apparaissait dans la maison.

Sergio ne faisait jamais partie de  ceux que la voix-off de l’émission appelait « les lève-tôt ». Ce matin du 28 février, alors que Sergio marchait, à peine réveillé, les autres humains mangeaient déjà sur le bar de la cuisine. Et il y avait pour la première fois depuis le début de leur vie commune, les produits spécifiques de son régime posés face à eux. Ils ont tourné autour une  heure entière avant de réaliser leur présence « anormale ».

Ils ont fait la lecture à voix haute de tous les produits présents et ils en ont conclu qu’un candidat avait un secret lié aux protéines. « Mais est-ce que c’est un véritable indice ou une manipulation ? » Et l’agitation a animé les esprits des candidats et des téléspectateurs pendant plusieurs jours.

Sergio participait aux réflexions mais au fond c’était un homme en colère, un homme qui se sentait trahi et qui avait décidé de partir en guerre contre Thierry, avec ses propres moyens, plutôt limités dans une maison de distraction à l’usage des humains à l’extérieur de la télévision.

C’est ainsi que Sergio a commencé à se nourrir comme les autres candidats : poisson, viande, poulet, légumineuses, fromages, œufs,... Il mangeait normalement pour la première fois de sa vie. Il souhaitait conserver son secret plus que sa santé. Il goûtait ces produits pour la première fois et cela entraînait des troubles comportementaux et digestifs, jamais son corps n’avait été habitué à assimiler cette alimentation. Les éliminations s’enchainaient au fil des semaines et personne ne décelait de changement chez Sergio. Cela infusait lentement en lui, après des années d’un régime strict. Et puis son humeur s’est déglinguée assez subitement, après avoir avalé une entrecôte saignante.

Devant le comportement inattendu de Sergio, Thierry a alors décidé d’informer le public sur son secret. Sergio devait être un des moteurs de l’émission, une de ces personnalités marquantes que le public revient voir chaque soir, dans le téléviseur. Il représentait tous ces gens à qui l’on ne parle jamais en télévision, tous ces gens atteints de maladie rare ou génétique et par extension tous les végétariens ou végétaliens. Il représentait un nouveau terrain de jeu pour la télé-réalité.

 « Si aujourd’hui, à son âge, une telle alimentation n’a plus de conséquence à long terme, cela le rend irascible, nerveux, ingérable, il ne parait plus en capacité de pouvoir juger correctement la situation. Et enfin, il présente les mêmes symptômes qu’un homme ivre. Certains patients peuvent même accuser un retard intellectuel. Je trahis peut-être le secret médical. Je l’ai peut-être trahi autrefois. Mais il était temps de mettre cette maladie en avant, de sensibiliser la population.»

Sylvie expliquait cela, face à la caméra, face à tous ces foyers de France et de Belgique, installés dans leurs fauteuils. Sylvie expliquait le secret de Sergio, elle répétait qu’à trop vouloir protéger son secret, Sergio se mettait en danger et que la production ne pouvait pas rester les bras croisés.

Des images ralenties de Sergio mangeant des morceaux de viande apparaissaient à l’écran, en noir et blanc, accompagnées de violons. En bas, il y avait ce texte : « Mon secret : j’étais pratiquement handicapé mental. » Et Sylvie continuait d’expliquer en plateau que la maladie, si elle n’est pas traitée dès la naissance, grâce à un régime alimentaire très spécifique, peut entraîner un handicap mental sévère et réduire très fortement l’espérance de vie.

La combinaison de ces éléments a souvent pour effet d’émouvoir les humains. Et ce soir-là, on le voyait dans ces millions d’yeux humides fixant l’écran du téléviseur : Sergio a ému les téléspectateurs.


 

Episode 4 L’humanité a un nouveau héros

Résumé : Sergio participe à une émission de télévision où chaque candidat possède un secret. Le sien, c’est de ne pas pouvoir manger de protéines. Thierry, le producteur de l’émission, croit que ce secret pourrait booster son émission et décide de le dévoiler. Sergio refuse de se laisser faire, il abandonne son régime diététique et se met à manger normalement de la viande, des œufs ou du poisson. Ce qui met sa santé en danger.

 

 

Certains philosophes humains qui réfléchissent aux effets de ces distractions sur leurs congénères avaient conclu que « la télévision pouvait manipuler les masses ». Mais il semblait cette fois que la télévision avait été prise à son propre piège et qu’elle avait construit le mythe d’un nouveau héros, un anti-héros : « Un presque handicapé qui refuse de s’apitoyer sur lui-même, qui refuse le diktat de la production qui voyait en lui un nouveau terrain de jeu pour les annonceurs, qui va jusqu’à mettre sa santé en danger pour défendre un idéal », c’est ce qu’avait affirmé un penseur contemporain dans l’ivresse d’une autre émission de télévision. « Et ce qui est encore plus incroyable dans le cas de ce jeune garçon, c’est qu’il se débat sans arme. La production a toutes les cartes en main : ce sont eux qui, d’ordinaire, manipulent le téléspectateur. Ils ont voulu faire passer ce garçon pour un handicapé irresponsable, pour le ramener à la raison, pour qu’il reprenne son régime spécial et qu’il puisse enfin attirer de nouveaux diffuseurs mais c’est tout le contraire qui s’est produit. » Sergio était adoubé par le public. Adoubé par l’intelligentsia. Sergio devenait une icône de la résistance moderne, manipulant la télévision selon ses propres codes.

Thierry a alors décidé de faire voter les humains face à leurs téléviseurs, Sergio devait-il être exclu après avoir triché ? Et quand le résultat s’est affiché à l’écran, c’est la liesse qui s’est emparée des familles réunies dans les salons. Sergio était un anti-héros, les seuls vrais héros qui naissent et meurent dans les télévisions, les héros qui ne cherchent jamais à le devenir.

Thierry était dépassé par la popularité de son candidat, une popularité inexploitable, alors il a décidé de s’en débarrasser, simplement, facilement, c’était une émission de distraction, son émission, il y régnait sans s’excuser, sans poser de questions, sans se laisser émouvoir. Une voix a annoncé à Sergio qu’il avait enfreint les règles, qu’il avait trahi son secret et qu’il devait désormais partir.

Le soir-même, des familles se révoltaient devant la disqualification de Sergio, ils éructaient contre cette dictature. Et Sergio est parti comme il avait vécu dans le téléviseur, sur cette ultime phrase diffusée à 18h48, à la fin de l’émission « C’était très dur de manger normalement, j’avais l’impression de devenir quelqu’un d’autre, mes idées n’étaient plus claires, je ne me sentais pas bien. Je m’empoisonnais. Et puis le poisson et la viande, quand tu manges ça pour la première fois de ta vie à 28 ans, c’est horrible, c’est un goût infect. Je devais tout faire pour ne pas vomir, pour que ça ait l’air naturel. »

Et la télévision a cet effet étrange sur les hommes. Si bien qu’en sortant de la maison cloisonnée, un homme attendait Sergio sur le parking au bas de l’immeuble, avec une carabine.

« Salaud… Tu me dégoutes ! Tu te crois beau ? Tu te crois malin à faire ta star dans la télévision parce que t’as une maladie rare !? Tu fais ta star mais tu te crois malin ?! Hein ?! Ma gamine, on ne l’a pas détectée à la naissance, on n’a pas vu qu’elle avait cette maladie de merde. Aujourd’hui elle a 23 ans et elle parle comme un poisson. C’est toi qui devrais parler comme un poisson, à faire le mariole à la télé. Ma gamine elle va bientôt mourir alors que des abrutis dans ton genre survivent, ça me rend fou, c’est toi qui devrais crever bientôt, t’as pas le droit de te foutre de sa gueule comme ça ! Elle est handicapée, HAN – DI - CAPÉE. T’as pas le droit de bouffer du poisson, de la viande, t’as pas le droit, c’est pas un jeu ta maladie, tu saisis, c’est pas un jeu pour ma gamine ! T’entends, espèce de connard, c’est PAS UN JEU !»

Il s’est reculé et il a armé.


 

Episode 5 : ainsi finissent les reportages animaliers

 

Résumé : Sergio participait à une émission de télé-réalité où chaque candidat avait un secret. Le sien, c’était d’être phénylcétonurique, une maladie qui l’empêche de manger des protéines. Mais pour garder son secret, il s’est mis à manger normalement du poisson et de la viande. L’émission le renvoie pour tricherie. Et à sa sortie, un homme, père d’une fille handicapée mentale, atteinte de la même maladie mais qui n’a pas été traitée à temps, le menace de sa carabine.

 

Les humains sont la plus grande cause de mortalité de leur propre espèce. L’humain ne connaît plus d’autre prédateur que lui-même. C’est un cas unique dans le règne animal. C’est un problème que ne connaissent pas les lions, pourtant au sommet de la chaine alimentaire.

Le lendemain Thierry a diffusé les images de l’agression, captées par des caméras de surveillance. Des acteurs avaient été engagés pour rejouer les dialogues inaudibles sur les images originales. On voyait l’agresseur reculer et puis les images s’arrêtaient. Les familles derrière l’écran de télévision se sont arrêtées de parler, elles avaient la bouche sèche.

Ce soir-là, la « télé-réalité » avait franchi une nouvelle étape, elle passait dans les journaux, à la radio. Sergio avait acquis un nouveau statut parmi les hommes, en France et en Belgique. Il n’avait rien fait mais il était désormais une célébrité. Les derniers épisodes de l’émission ont connu des audiences record, Thierry exploitait un succès qu’il avait quelques difficultés à expliquer.

L’humanité cherchait à savoir ce qui était arrivé à Sergio, on cherchait à connaitre la vérité, « la télé-réalité en plein » jubilait Thierry.

Et le téléviseur s’est éteint.

La douce folie est retombée et les gens ont repris leur vie et d’autres distractions sont venues remplacer l’émission où une douzaine de jeunes humains avaient été enfermés. Les humains trouvaient aujourd’hui tout cela un peu stupide.

La musique s’est enclenchée. Le générique de fin approchait.

« L’homme est le seul animal incapable de communiquer avec l’entièreté de ses congénères. » Sergio échappait en partie à cette incapacité, il parlait français et portugais, grâce à son père.

 Sergio est sorti d’un de ces engins dans lesquels les humains se déplacent, il est sorti d’un avion. Il était au Portugal. Il avait l’air heureux. Il s’est installé à un point de nourrissage, face à d’antiques monuments.

Des pizzas ont été déposées devant eux, dont une sans fromage et sans viande pour Sergio.

L’homme qui l’accompagnait l’a regardé bizarrement.

  

Vous êtes végétarien Sergio ?

Sergio a pris le temps d’observer le visage de l’homme. Puis il a secoué la tête et il a signé les documents qui étaient posés sur la table. On pouvait y lire : « La maison des secrets, à Lisbonne. J’ai survécu à une agression à la carabine. »

  

J’aime ma pizza simple, une marinara, à l’italienne. C’est tout. C’est tout…

Les reportages animaliers ne se finissent pas toujours avec la mort. Les documentaires de ce genre suivent un moment de vie, une naissance, un virage, un déclin. On ne sait jamais ce que deviennent les acteurs de ces reportages. On peut simplement le supposer.

 

On éteint la télévision. Et la vie continue.