Les séparés

C'est le brouillon, le premier texte que j'ai écrit lors de la matinale, celui qui a jailli.


Il y a les mots que tu ne disais pas, les mots que tu répétais sans arrêt, ceux que tu cachais, sous les semelles de tes chaussures, quand tu entendais les pas dans l’escalier.

Il y a les sourires que tu ne dévoilais qu’à ton chien, il y a la folie douce que tu regardais dans le fond des yeux mais que tu ne voyais plus, il y a la beauté des façades des maisons que tu ne racontais plus, de ton index poilu.

Il y a les bières que tu buvais sans respirer, il y a les verres de vodka que tu ne finissais pas sous ta couette, il y a les cigarettes que tu laissais s’éteindre sur le balcon.

Il y a les après-midis qui fanaient par la fenêtre et puis les soirées que tu dépensais dans un canapé et les dimanches qui ne démarraient jamais plus.

Il y avait le soleil, la pluie, la neige, il y avait le déluge et le jour d’après, les nuits chaudes et la rosée du matin. Il n’y a plus le soleil, la pluie, la neige, il n’y a plus le déluge ni le jour d’après, les nuits chaudes ou la rosée du matin.

Il y a les colères qui t’emmenaient rouler des heures, il y a nos baisers qui finissaient la nuit. Et puis il y a tes valises que je jetais par la fenêtre.
Je suis partie et je ne reviendrai pas.

Tu me supplies dans des lettres que je ne lis pas. Tu m’en conjures dans des coups de fil que je ne décrocherai jamais. Je ne reviendrai pas.

J’espère que tu iras mieux, sans moi.

Parce que je ne reviendrai pas.

Marie (16-06-1989 / 14-10-2013)