Survivre

Date: 
28/03/2016

Samedi dernier je prends l'avion pour Bruxelles. J'atterris à 14h. Et c'est le début d'un combat contre le temps. 31 heures en Belgique. Voir un maximum de gens, boire, manger, parler. Beaucoup parler. Pour faire le plein de Belges, faire le plein de la famille, des amis, de ceux que je n'ai pas vu depuis au moins 5 mois. Dimanche 19h, vol de retour à Bruxelles. Les controleurs aériens français sont en grève et le vol est annulé. J'attends des heures dans le hall de l'aéroport de Zaventem. Une heure et demi de file, assis par terre, sur les pavés du hall de Zaventem. "On peut vous replacer sur notre prochain vol dimanche prochain". Alors je téléphone, je sors respirer dehors et je rentre constater sur le grand panneau que le vol est toujours annulé. Plus de vol vers Lisbonne le dimanche soir. Lundi matin, les premiers vols sont à 500€. J'hésite à reprendre un vol le mardi, moins cher. Et puis j'en trouve un moitié moins cher, lundi vers midi.

Je prends le bus vers Bruxelles, il fait nuit, les rues sont calmes. Je sonne à la porte, je réveille Gözde et je m'endors sur le canapé. Lundi matin. Il y a encore des soldats autour de la commission européenne et devant l'amabassade de Norvège où j'attends le bus depuis 10 minutes. Comme je ne vois rien venir, je rentre très vite dans une librairie acheter le journal et quand je ressors, le bus ferme ses portes et redémarre. Je lève les bras. Un homme se tourne vers moi : "Ne vous inquiétez pas. C'est le destin. Vous ne savez pas ce qui va se passer avec ce bus." Je ne le sais pas encore. Mais cet homme a eu une prémonition.

J'attends dans le hall pour enregistrer mon bagage. J'attends à la porte 53. L'avion se pose, se vide, se remplit, redécolle. Et enfin c'est le Tage par le hublot.

Je dors peu, mal, ma voisine ne parle pas anglais mais elle prend soin de moi, me prend un sandwich quand je dors, range ma table quand je vais aux toilettes. 

Mardi matin, je me connecte à l'information du monde, le soleil se lève sur le Tage, je suis une heure en avance parce que j'arrive en même temps que Rahua. Double explosion à l'aéroport de Zaventem. Plus tard, explosion dans le métro à hauteur de Maelbeek.

A quoi tient une vie ? Je pars téléphoner ou envoyer des messages. On me rassure. Un peu, un tout petit peu. A quoi tient une vie ?

Depuis je vis les événements à travers les téléviseurs allumés dans la cafétaria "terror em bruxellas". Les perquisitions, arrestation en live sur CNN, les hommages émus. Et hier, dans un restaurant de l'Alfama, je vois des hommes piétinier les fleurs en hommage aux victimes et arracher le micro des journalistes présents à la Bourse.

Il y a un sentiment étrange d'impuissance, de fébrilité, de haine et de dégout.

Je me demande une dernière fois "A quoi tient une vie ?" Et la question se dissipe alors que je me dirige au-delà du brouillard vers un sourire chaleureux, allongé sur une plage chaude.