Nouvelles

Le 3 janvier j'ai réservé pour l'anniversaire de Rahua un bateau de location pour deux jours et une nuit sans chauffeur, sans capitaine, sans marin, sans autre marin que nous. Le bateau est équipé d'un moteur électrique qui ne nécessite pas de permis bateau. Le 2 mars c'est l'anniversaire de Rahua. Nous sommes le 30 mai et nous marchons enfin (après deux reports liés au coronavrius) à travers les cours qui mènent au fleuve. Je n'ai rien dit à Rahua, la surprise aurait dû être totale. La veille, en faisant les courses pour le week-end sur le bateau (Rahua ne sait rien, seulement qu'on part et visiblement c'est un endroit où l'on doit emmener toute notre nourriture), elle se dit qu'elle achèterait bien des betteraves. Je la regarde à travers mon masque, la buée de mon masque sur mes lunettes et très naïvement je lui demande. Des betteraves ? Sur le bateau ?

 

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Personne ne le sait ici. Personne ne se doute de la puissance qui éclabousse les yeux des enfants, loin, là-bas, personne ne sait, que l'encre, organisée et imprimée sur le papier délicat, personne vraiment, ne se doute que si loin, plus loin que le regard ait jamais pu porter, après bien des vies, longtemps après que les considérations sur le produit, le prix, le marketing, la maquette, la vente, les techniques à déployer pour obtenir un papier ici, un passage radio là, longtemps après que les téléphones et les messages n'évoquent plus cette oeuvre d'art, longtemps après tout ça, bien loin de l'épicentre bouillonnant de la vie du livre, quand ne reste plus que la matière et ce qu'elle charrie après bien des vies, visibles sur les noms gommés au dos des premières pages cornées, personne ne sait comment un roman peut éblouir la vie d'un homme, si loin, si longtemps après. La vie des hommes n'est rien,...

 

“La première semaine, j'ai cru que je la passerais à faire des barbecues en cachant les bières, la viande et les copains derrière les tentures.

La deuxième semaine, j'ai cru que je lirais la pléiade, que je réfléchirais à toute cette situation avec Barthes, Lévi-Strauss et Kierkegaard (pour commencer).

La troisième semaine, j'ai cru que je regarderais Fellini, Lynch, Kubrick, Bergman et toutes les palmes d'or des 15 dernières années.

La quatrième semaine, j'ai cru que j'apprendrais l'allemand, le mandarin et le portugais (brésilien).

La cinquième semaine, j'ai cru que je ne mangerais que des plats ayurvédiques népalais et des pots...

 

17/10/2019

La vie est ridicule.

La vie est absolument ridicule.”

 

C'est par ces quelques mots que le carnet de Yegor Seferovitch se cloture.

 

Comment les hommes en viennent-ils à s'établir de leur plein gré en Iakoutie ? Eh bien, je suppose que chacun a ses...

 

Devoir de mémoire

 

 J'étais arrivé en avance. J'aime ça, arriver en avance, choisir ma table, la position par rapport aux différentes entrées et sorties, l'accès privilégié aux facilités. Il y a bien souvent une ou deux bonnes tables par établissement. Il faut être patient, c'est tout. Je m'étais assis et j'observais la rue. J'observais les gens. Les enfants. Les insectes. Les véhicules. J'observais les femmes. Je faisais rouler la paille entre mes dents et craquer le sucre perlé contre les vagues de dunes de mon palais. Le ciel était allongé par-dessus les villes où les hommes ne se souciaient jamais plus de la menace d'une tempête ou d'un orage. Ils marchaient sans s'arrêter, sans observer, ils marchaient, déterminés, ils marchaient, guidés par les voix métalliques...

Alors voilà sans doute le projet qui ressemble le plus à la ville où je suis installé depuis un peu moins d'un an, Berlin. Un ami DJ (ou music producer pour les puristes comme lui), le grand Mehani, a accepté de créer la bande son (inévitablement très techno) d'une nouvelle que j'écrirais. Forcément, le texte est un peu dans la même vaine, musical, électrique. Alors, même si ce n'est pas le style de musique que tu écoutes cher mon lecteur, voire, même si ça te rebute, tente l'expérience, même en sourdine, de jumeler la lecture à l'écoute et partage ton avis.

Voici le lien vers la bande son (les puristes comme lui espèrent que tu as un casque pour écouter). Et maintenant, laisse-toi porter par le texte ci-dessous. Bonne immersion.

"Selon Job

J'arrive sur le balcon et j'observe aux alentours. Parce que c'est facile.
Je pose mes mains sur la vitre et j'observe à l'...

 - Et cette femme doit payer pour les troubles qu'elle cause.

Je l'ai entendu. J'ai dégagé la nuée de micros et de caméras. Et je me suis posté face à lui.

- On n'en peut plus de ce que vous dites, de vos comptines populistes.

Il a tourné la tête et voulu s'extirper mais les journalistes faisaient barrage. Ils ont attendu une seconde. Et puis les mains se sont tendues vers moi. Le type était bloqué.

- Si vous ne dites pas ici devant tout le monde que cette femme, c'est notre problème, cette femme elle est de chez nous, elle a notre culture, notre langue, notre nationalité et si vous pensez que l'envoyer ailleurs résoudra le problème, si vous pensez que lui interdire la même nationalité de nous résoudra le problème, c'est que vous n'avez rien compris, cette femme c'est un problème de notre pays, de notre...

Elle marchait avec la une d'un journal entre les mains. Elle cherchait son ombre, quelque part, autour d'elle, l'ombre était cachée, là, brulante, sous ses semelles.

Elle a aperçu un homme loin devant elle, elle s'est mise à courir. L'homme possédait une longue barbe touffue. Elle lui a tendu le journal, elle lui indiquait la photo du doigt. L'homme a posé une main sur son épaule et il a baissé les yeux. La femme a éclaté en sanglots, elle ne pouvait se controler, elle s'est écroulée sur le sol. L'homme a posé une main sur sa tête et il n'a pas bougé jusqu'à ce qu'elle reprenne une respiration plus calme. ...

Samedi dernier je prends l'avion pour Bruxelles. J'atterris à 14h. Et c'est le début d'un combat contre le temps. 31 heures en Belgique. Voir un maximum de gens, boire, manger, parler. Beaucoup parler. Pour faire le plein de Belges, faire le plein de la famille, des amis, de ceux que je n'ai pas vu depuis au moins 5 mois. Dimanche 19h, vol de retour à Bruxelles. Les controleurs aériens français sont en grève et le vol est annulé. J'attends des heures dans le hall de l'aéroport de Zaventem. Une heure et demi de file, assis par terre, sur les pavés du hall de Zaventem. "On peut vous replacer sur notre prochain vol dimanche prochain". Alors je téléphone, je sors respirer dehors et je rentre constater sur le grand panneau que le vol est toujours annulé. Plus de vol vers Lisbonne le dimanche soir. Lundi matin, les premiers vols sont à 500€. J'hésite à reprendre un vol le mardi, moins cher. Et puis j'en trouve un moitié moins cher, lundi vers midi.

Je prends le bus vers Bruxelles...

Dans la cadre d'un concours organisé pour le 14 févirer autour du thème, c'est quoi l'amour ? - vaste question - voici quelques textes, très courts. C'est très casse-gueule comme thème, comme sujet, surtout dans des formats si courts. On atteint vite le miel, le trop sucré. Mais il y a un voyage à gagner. Et gagner des voyages en écrivant sur l'amour, c'est jouissif. Alors j'ai tenté. Je vous tiens au courant des éventuels résultats.

 

Je ne savais pas comment réagir. Larmes ? Folie ? Sourire ? Alors je n'ai pas réagi. Je n'ai rien dit. Je n'ai pas bougé. Mais des fleurs ont éclos, un volcan est entré en éruption, un ouragan a tout emporté, le printemps est arrivé et tout de suite après l'été brulant. Les rivières se sont asséchées et la lune s'est décrochée. S'il te plait, dis encore que tu m'aimes.

 

J'ai pris un aller simple, sans connaitre la destination, je vole par dessus les nuages dans ce siège de coton, le soleil est là, sans doute, je...