Nouvelles

 

Les hommes ont une configuration étrange : les gros ventres ne se voient pas une fois couchés. C’est pourquoi Davy vivait constamment couché. Réveillé, il marchait jusqu’au perron de sa maison située au carrefour de la ville, au croisement entre la 65 et la 83, face à l’église et à l’arrière de la salle de billard. Et il s’étalait de tout son long devant les persiennes, installé de manière à apercevoir tous les angles de vue débouchant devant chez lui. Une fois affalé, son corps paraissait harmonieux : des jambes assez longue, un ventre camouflé et un torse épais qui lui donnait une apparence de stabilité. Il se rendait assez tôt sur le perron pour s’assurer que personne ne le verrait debout, position où son ventre tombait pratiquement jusqu’à ses poils pubiens. Mais couché Davy reprenait toute son assurance : il hurlait sur les enfants qui effrayaient les oiseaux pour se mettre en voix puis il saluait...

Ils étaient deux à avoir remporté le concours en écrivant la chronique de "Quand les ânes de la colline sont devenus barbus" sans l'avoir lu. Et bien ils ont chacun gagné un exemplaire du roman, ils l'ont lu et en ont écrit une nouvelle critique.

 

leBabel

 

Avant

Dans un roman la première phrase est capitale, dit-on, et dans ce dernier opus, « celui qui s’est fait un non » ne lâche rien sauf les chiens : tout est capitale, et commence en la capitale Rome. Son tempo mi Jodo mi Coca Channel Four, rénove le cerveau sans nous pomper de page en page. « Quand les ânes sont devenus...

Branko entassait le papier journal sous les fenêtres de sa chambre à coucher alors que sa femme était assise sur le lit, elle regardait les chiens courir sur le sol en terre battue de la maison. Peu avant l'aube, Branko tournait autour de sa maison, il posait une main sur les briques brutes et sur les châssis. Au fur et à mesure que ses doigts allaient et venaient sur le bois, des petits bouts épars tombaient sur la terre rocailleuse de l'est de la Roumanie. Sa femme avait croisé les bras et elle l'observait faire lentement monter et descendre ses doigts sur les châssis de toutes les fenêtres de la maison.
...

 

C’est une histoire dont je ne connais pas la fin, ce sont les plus belles.

 

Sidney était une femme épaisse qui avait tendance à ne pas s’intéresser à la présence de poils sur sa lèvre supérieure. Sidney était mannequin, mannequin main. Elle s’enduisait les mains de crème plusieurs fois par jour et elle dépensait la majorité de ses cachets chez une esthéticienne de la rue des Oliviers.

 

Son métier lui empêchait d’effectuer la plupart des tâches qu’une femme peut être amenée à faire au cours d’une...

Une chronique de Joseph l e b A b e l


Dans un roman la première phrase est capitale, dit-on, et dans ce dernier opus, « celui qui s’est fait un non » ne lâche rien sauf les chiens : tout est capitale, et commence en la capitale Rome. Son tempo...

Une chronique de Karine Lecluse.

 

Dialogue imaginaire entre Moi et Romain Duris.

— Je vais te parler de « Quand les ânes de la colline sont devenus barbus » de John-Henry. Imagine une famille composée d’uniquement de filles.

Pauvre père ! Avec toutes ces femmes.

— Cela se passe à Kaboul.

Deux étrangers au bout du monde…

— Tu vas faire pleuvoir.

Je suis dans le thème, non ?

— Moui. Si je te parle de Charia.

Cha-i-ra mieux demain…

— Je suis sérieux, je te parle d’un...

Un texte de Alexane Fruhauff


Ne vous êtes-vous jamais demandé ce qui pouvait pousser un homme à courir nu en pleine rue au beau milieu de la nuit ?...

Une chronique de Joëlle Brethes


Le « doux » équidé revalorisé par Francis James a été largement malmené en littérature : pour symboliser la sottise, tel celui de Buridan ou pour moquer la magie tel celui  d'Apulée.
Les ânes de John-Henry, nouveau venu aux éditions Diagonales, sont un métissage réussi de ces trois prémisses. « Quand les ânes de la colline...

Je tourne en rond, encore, dans la chambre mal éclairée de l’appartement. Ma mère hurle, encore, dans le salon crasseux... Je suis allé la calmer, j’y suis retourné... Le chien la regarde pas directement de face, en basculant un peu la tête, il ne reconnait rien, surtout pas elle.

Devant mon ordinateur, j’attrape la souris, je la serre fort et puis je la relâche. Et je me lève, je mets une main dans ma poche et je regarde l’épaisse couche de neige qui recouvre les champs de coton. Je fixe la neige, elle reste là, des semaines à pas bouger, des mois à rien faire d’autre qu’attendre de disparaître. Comme lui. Comme Troy Davis. Condamné à mort pour avoir abattu un flic blanc.

Ça se peut pas la peine de mort. Pas là. Pas pour lui. On peut pas assassiner légalement un type, un type comme ça, qui a sans doute jamais tenu une arme en main de sa vie, un type qui sait toujours pas pourquoi demain matin on va l’attacher sur une longue chaise blanche et puis que tout le monde...

La vie est étrange.
Cette nuit, j’aurais pu présenter un livre dans un salon, j’aurais pu siroter un cocktail entre les jambes de la nuit. Mais ça ne s’est pas passé. La vie est étrange.
C’était un lundi. Au carrefour entre deux soleils, entre deux saisons.
Le chauffage était éteint et je portais deux pulls épais dans la pièce du fond, je retravaillais un manuscrit qui devait être remis à l’éditeur dans la semaine. La première publication, le premier roman, qui sortirait pour la foire du livre. Dans plusieurs mois il sortirait. Il y avait de quoi être fier, il y avait matière à commencer la reconstruction de l’estime de soi, il y avait une bonne base, quelque chose de solide pour entamer le processus, pour essuyer des années d’errance et d’échec, de turbulences à basse altitude, pour effacer les ratures inscrites sur le ventre. L’éditeur était heureux et fier. J’aurais pu l’être. J’aurais dû forcer à l’être.
Mais les errances ne s’...