Nouvelles

Un texte de Alexane Fruhauff


Ne vous êtes-vous jamais demandé ce qui pouvait pousser un homme à courir nu en pleine rue au beau milieu de la nuit ?...

Une chronique de Joëlle Brethes


Le « doux » équidé revalorisé par Francis James a été largement malmené en littérature : pour symboliser la sottise, tel celui de Buridan ou pour moquer la magie tel celui  d'Apulée.
Les ânes de John-Henry, nouveau venu aux éditions Diagonales, sont un métissage réussi de ces trois prémisses. « Quand les ânes de la colline...

Je tourne en rond, encore, dans la chambre mal éclairée de l’appartement. Ma mère hurle, encore, dans le salon crasseux... Je suis allé la calmer, j’y suis retourné... Le chien la regarde pas directement de face, en basculant un peu la tête, il ne reconnait rien, surtout pas elle.

Devant mon ordinateur, j’attrape la souris, je la serre fort et puis je la relâche. Et je me lève, je mets une main dans ma poche et je regarde l’épaisse couche de neige qui recouvre les champs de coton. Je fixe la neige, elle reste là, des semaines à pas bouger, des mois à rien faire d’autre qu’attendre de disparaître. Comme lui. Comme Troy Davis. Condamné à mort pour avoir abattu un flic blanc.

Ça se peut pas la peine de mort. Pas là. Pas pour lui. On peut pas assassiner légalement un type, un type comme ça, qui a sans doute jamais tenu une arme en main de sa vie, un type qui sait toujours pas pourquoi demain matin on va l’attacher sur une longue chaise blanche et puis que tout le monde...

La vie est étrange.
Cette nuit, j’aurais pu présenter un livre dans un salon, j’aurais pu siroter un cocktail entre les jambes de la nuit. Mais ça ne s’est pas passé. La vie est étrange.
C’était un lundi. Au carrefour entre deux soleils, entre deux saisons.
Le chauffage était éteint et je portais deux pulls épais dans la pièce du fond, je retravaillais un manuscrit qui devait être remis à l’éditeur dans la semaine. La première publication, le premier roman, qui sortirait pour la foire du livre. Dans plusieurs mois il sortirait. Il y avait de quoi être fier, il y avait matière à commencer la reconstruction de l’estime de soi, il y avait une bonne base, quelque chose de solide pour entamer le processus, pour essuyer des années d’errance et d’échec, de turbulences à basse altitude, pour effacer les ratures inscrites sur le ventre. L’éditeur était heureux et fier. J’aurais pu l’être. J’aurais dû forcer à l’être.
Mais les errances ne s’...

L’Amérique c’est tout ce que t’avais toujours voulu.

L’Amérique maintenant t’y es. Bordel, t’y es !

C’est le rêve américain, dude. L’american dream, mon homme. C’est le tien. Tu le vis. T’es dedans.

T’as étudié toute ta vie en anglais. Baku tu rêvais juste de la quitter, de lui balancer quelques doigts, des...

Ce texte a été publié dans la quotidien du médecin sous forme de feuilleton en 5 épisodes de 5 minutes. Ensuite sur le site de short-edition, tous les lundis. Pour vous éviter tout problème de timing, je vous le livre d'un bloc. A vous de le déguster d'un trait ou pas.

 

Episode 1 Le reportage animalier

 

Les hommes sont des animaux sociaux qui se retrouvent au bord du même point d’eau pour s’abreuver. Ils chassent leur nourriture sur les mêmes territoires. C’est comme ça que l’histoire a débuté. Comme un reportage animalier.

Il était 22h35, c’était un vendredi soir et un groupe de jeunes mâles...

 

Dehors, il n’y a que la neige qui tombe en paquets entiers, un vent solide la balaie et rien ne bouge. Les hommes marchent, ils portent des manteaux fourrés et leurs mains glissent le long de leurs cuisses et c’est tout ce que je peux dire, avant de voir des paquets entiers de neige leur souiller le crâne. Ils marchent grand, ils marchent et leurs pieds s’enfoncent dans le sol, les trottoirs grimpent le long des jambes, ils regardent par-delà les paquets. Il n’y a pas de haine, je suis sûr, il n’y a pas de haine parce que c’est la guerre, c’est les tranchées qu’ils traversent, la vie, la vie est en jeu, survivre !

...

Voici le texte lauréat de la matinale 2013.


Il y avait ce soleil jaune, haut, droit et pesant. Les champs étaient chauds et la terre brûlait les pieds des hommes qui couraient devant lui – ils ne portaient pas de chaussures et nul ne savait pourquoi.

Ils étaient une quinzaine, à courir depuis l’aube. Joshua et son fils s’étaient levés peu après le jour. Ils avaient rangé les draps du canapé, ouvert une boite de...

C'est le brouillon, le premier texte que j'ai écrit lors de la matinale, celui qui a jailli.


Il y a les mots que tu ne disais pas, les mots que tu répétais sans arrêt, ceux que tu cachais, sous les semelles de tes chaussures, quand tu entendais les pas dans l’escalier....

La nuit new-york. A travers les fenêtres de ta chambre. Des grandes fenêtres qui s’ouvrent  sur la ville. Et sur des néons. La lumière tordue découpe la pièce. La lumière rouge découpe ton visage. Le jaune, saccadé, stroboscopique, te scie le regard.

Ca fait deux jours que tu es là. Ca fait deux jours que tu es dans cet hotel. Tu plonges une main dans le sac, tu termines ton dernier morceau de pain. Tu n’as plus de réserves. Il va falloir partir. Sortir. Se mêler aux gens. A ces gens. Ceux d’en bas. Ceux des rues.

Tu passes une main dans le bouquet de roses posé au sol. Il leur faut de l’eau. T’allumes la télé. Tu coupes le son. Un vase, il leur faudrait un vase.

Tu zappes. Tu zappes. Tu zappes. Les couches de lumières s’accumulent au fond de ton regard. Elles le maquillent de rouge, de vert, de bleu. Elles le maquillent de la nuit.

Tu poses une main sur les vitres. La pièce est sombre. 16ème étage. C’est écrit. En bas, tu crois voir des...