Nouvelles

Nouvelle lauréate du prix Hiver 2012.Et mes adieux à short-edition.

Vous pouvez la retrouver ici : http://short-edition.com/oeuvre/nouvelles/la-melodie

 

Je me dresse. Sur les coudes. Le regard encrouté. La pièce est plongée dans une obscurité étouffante. J’ouvre un rideau. Des néons colorés frappent au carreau. D’ici je vois la rue. D’ici je vois la foule. D’ici je vois les nuits d’une ville qui crève de ne jamais dormir. 

Moi, je dors quand je peux... Pas que je sois fainéant ou quoi que ce soit de ce style-là, mais j’ai des horaires compliqués... Du genre qui vous obligent à rester éveillés la nuit. Alors je dors le jour... C’est pas facile : je me suis habitué. 

Tout ce que je sais de ce job, tout ce que je...

Ca s'est passé ce matin. Un passage coupé au montage lors de la réécriture de La Hyène. Vous ne lirez donc jamais ça nulle part. 

 

Et puis Philippe est passé rapidement pour saluer un type qui se rendait vers l’ascenseur et une odeur tenace flottait dans son dos. Une odeur mémoire. En fait, mon père recevait souvent des flacons de parfums, de toutes les formes, la plupart sentait le mazout de chauffage, sucrés jusqu’à l’écœurement. Et il y en avait un, agressif jusqu’à la corrosion pratiquement. C’était tellement puissant que mon père l’avait placé dans les toilettes pour masquer l’odeur nauséabonde des selles. Et cette odeur particulière, collant aux narines pendant des heures, c’était le nouveau parfum de Philippe. J’ai reniflé une fois encore et ça m’a traumatisé.

Dans les bonus DVD on voit souvent les "scènes coupées au montage". Parce que les acteurs rient ou parce que les acteurs oublient leur texte. Eh bien je pense qu'il est temps d'exporter le concept à la littérature. Et comme les bonus en fin de roman n'existent pas encore, parce qu'ils n'ont pas vraiment d'intérêt, je te l'offre ici cher mon lecteur. Ceci est une partie de texte, coupée au montage du roman La Hyène qui sortira en mars 2013. Parce qu'il n'était pas dans le rythme du reste du texte et aussi parce que je trouvais l'écriture un peu hautaine et démonstrative. Voici donc ce que vous ne lirez jamais dans un roman.

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Nouvelle mutli-primée et notamment sur short-edition. Mais qui n'a pas remporté le concours de nouvelles pour lequel elle a été originellement écrite.

 

Le métro s’arrête dans un crissement métallique, une alarme se fracasse contre les murs trop proches et une meute frôle de près les tissus sales de la foule qui s’échappe.

Au milieu d’eux, un garçon, la casquette mollement enfoncée sur le crâne, un baggy noir accroché aux fesses. Il regarde un long moment à gauche, puis à droite et se faufile de justesse entre les portes qui se referment rapidement. La foule se...

Yam

Nouvelle très très courte lauréate sur short-edition.

 

15 mai 1992 – Première entrée

Je ne pouvais plus garder tout ça pour moi. C’est le désastre, elle n’a que 13 ans. Quelqu’un se rend compte de l’âge que c’est 13 ans ?

J’aurais pu aller voir un spécialiste, mais un spécialiste de quoi ?

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Nouvelle finaliste sur short-edition.


José Tortigue qu’il s’appelle. C’est lui, là, à danser sur le tapis ocre de l’arène,  la poussière voltige autour de lui, harmonieuse, à lui caresser la silhouette, il est en parfaite maitrise, en totale maitrise, il fait peut-être sombre ce soir mais la lune l’éclaire mieux, plus que n’importe qui d’autre. José Tortigue. Le taureau tranche l’air, ses cornes s’...

FAO

La serveuse se penche vers moi : « Vous voulez autre chose Mr Grossman ? »

La nuit s’est étendue sur le tarmac, par-delà les immenses vitres opaques, face à moi.

Les hauts parleurs annoncent que le vol  TB05632 à destination de Kinshasa est prêt à l’embarquement des premières classes.

Je balance ma main en direction de la serveuse qui attend toujours à côté de mon fauteuil, je ramasse ma valise de cabine et je quitte le lounge de l’aéroport de Londres. Les gens me saluent, ils sourient gentiment.

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Le monde était si petit vu d’ici. Le monde était si petit, en-dessous de ces longues vitres qui dominaient la baie. Le soleil était encore haut dans le ciel, mais pas plus haut que l’appartement, je ne pense pas. Seuls quelques avions parvenaient à passer au-dessus de ma tête. Rien d’autre. Au loin, on voyait la mer. Au loin, si on y regardait bien, on voyait l’Afrique, la vraie, la noire, torse-nu et suant. Il m’a toujours semblé que la chaleur était accablante dehors mais je ne l’ai jamais vraiment su. A l’aurore il y avait toujours les cris harassants des goélands qui me réveillaient,  lorsque les premiers pêcheurs rentrent au port, la cale poissonneuse. Alors je me dressais et je faisais lever les stores et je tendais le cou pour apercevoir les coques rouillées des chalutiers, là, tout en bas de mes fenêtres.

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Trois jours que le quartier brûlait. Son quartier. Tottenham. Il avait vu tellement de choses dans sa vie qu’il pensait avoir tout vu.

James Smith avait tout vu.

Il se balançait au fond de son nouveau siège, un siège conçu pour regarder la télévision encore plus confortablement, quand il a entendu les premières rumeurs s’échapper des rues.

Il a d’abord augmenté le volume mais il n’entendait plus rien. Il savait qu’il lui fallait une nouvelle télé.

Il s’est levé, s’est étiré longuement après deux matches de foot qu’il a regardés sur le satellite. Des équipes dont il n’avait que vaguement entendu parler mais l’intersaison avait été trop long.

Il s’est approché de la fenêtre. Des jeunes couraient en désordre à travers les rues. Ils couraient et lançaient des objets, derrière un...

Le soleil perce mollement à travers le rideau. Il est 10h et Paul se lève. Paul se lève en fait tous les matins à la même heure. 10h. Il enfile rapidement ses pantoufles rapées et un T-shirt beige avant de passer par la salle de bain. Paul ne regarde plus sa gueule dans le miroir, il ne la reconnait de toute façon pas. Il descend lentement les escaliers, tout est normal, rien ne bouge. Il s’assied face à un café brûlant.  

Paul c’est moi. Je me lève tous les jours à 10h. Mais je me sens un peu étranger à tout ça. Cette vie, Paul, ce corps, l’heure. Alors je l’appelle par son prénom. C’est la vie de Paul, c’est le corps de Paul. Rien de cela n’est à moi.

Paul sort tous les matins faire ses courses. Le Shopi est désert, je glisse les haricots blancs et le gratin dauphinois surgelé sur le tapis roulant. Josée les passe devant la lumière rouge. On ne se salue pas. Pourtant je suis...